Je devais avoir 12 ou 13 ans.
J’étais au collège, sûrement en cinquième. On étudiait un texte en cours de Français. Qui parlait d’un bâtiment dans le Sud de la France construit pas un architecte. C’est à ce moment-là que j’ai appris que le nom de l’architecte pouvait être plus important que le bâtiment lui-même.
Je me souviens que je trouvais le nom de cet architecte assez original, il signifiait quelque chose de je ne sais quoi qui m’avait marqué à l’époque.
La première fois que j’ai vu le Centre Pompidou, j’avais 6 ans. J’étais allée à Paris toute seule en avion pour voir ma sœur qui ne vivait pas encore à New-York.
Elle m’avait offert une souris verte en gomme et nous étions allées au Quick, en face de Beaubourg.
Quand nous sommes arrivées devant le Centre, j’avais été super impressionnée. Et tellement contente : enfin un manège à la hauteur de mes attentes. C’est-à-dire que les gros tubes là, qui couraient partout, j’étais persuadée qu’il s’agissaient d’immenses toboggans remplis d’eau et que j’allais m’éclater à dévaler ces monumentales descentes. Du haut de mon mètre dix.
J’ai vite été déçue quand elle m’a expliqué que non, qu’il s’agissait d’un musée, d’une bibliothèque et de trucs vraiment pas rigolos.
Le souvenir de Beaubourg m’est réapparu hier, au moment où je prenais Renzo Piano en photo.
Je ne suis pas impressionnée par les grands architectes. Je suis néanmoins anéantie par l’émotion quand je croise Nan Goldin ou d’autres artistes plasticiens de l’avant-garde contemporaine mais les architectes, ça va, je gère beaucoup mieux.
Hier j’ai pris aussi Jean Nouvel en photos. C’est là que j’ai ressenti un truc étrange. Au moment où je plongeai mon regard dans le sien à travers mon objectif. J’ai ressenti ce truc étrange quand le lointain souvenir de ce texte étudié il y a vingt ans est remonté à la surface. Et que le lien entre le passé d’un texte et le maintenant devant moi fut activé.
Je n’ai pas encore regardé mes photos.
Je n’ose jamais regarder mes photos quand la journée a été riche en moments.
Et hier, Renzo Piano parlait des premiers moments de la photo, quand l’homme avait peur qu’on lui vole son âme. Alors, lorsque les équipes de Xavier l’ont scanné, je crois que l’histoire s’est un peu répétée.
Avec une touche de modernité en plus.

Séance de scan de Renzo Piano à l’atelier de Xavier Veilhan

Séance de scan de Jean Nouvel à l’atelier de Xavier Veilhan

Sculpture avant peinture des architectes Jean Nouvel et Renzo Piano, dans l’atelier de peinture
